Dans chaque écosystème visité, le marketing territorial de leur pays sur la scène Tech mondiale et la recherche absolue du Graal numérique sont une préoccupation majeure des acteurs publics et privés. Ce marketing s’appuie la plupart du temps sur le nombre de start-up créées, le nombre d’incubateurs et d’accélérateurs opérationnels, le nombre d’investisseurs et le montant des capitaux publics et privés investis, le soutien public et privé à la R&D et à l’innovation rapporté au PIB…

Chaque pays essaye ainsi de se démarquer et de se positionner sur le podium des nations gagnantes en mettant en avant en général les indicateurs macroéconomiques et statistiques qui l’arrangent, mais qui sont rarement vérifiables et/ou corrélés à des résultats concrets en termes de création d’emplois ou de croissance économique. 
Mis à part Israël, l’Estonie, Singapour, la Silicon Valley et NYC, les écosystèmes visités ne lient pas les politiques de soutien à l’innovation déployées pour susciter la création de start-up numériques à leurs stratégies économiques, industrielles et commerciales globales des pays concernés.

La problématique des statistiques 
Cette remarque particulière sur le marketing territorial actuellement déployé par chaque pays rejoint un problème plus général lié aux outils et méthodes statistiques utilisés par les organismes nationaux et internationaux pour mesurer l’innovation ou encore les échanges de biens et services dématérialisés dans le commerce mondial. En effet, à l’heure où les modèles d’affaires des entreprises sont tous en train de migrer de la vente d’un produit à la vente d’un service via notamment la collecte, le traitement et l‘exploitation des données, ces statistiques ne semblent plus être en phase avec la réalité des échanges, notamment immatériels, qui occupent une part de plus en plus importante du commerce international. De la même façon, classer les pays les plus innovants en fonction des investissements en R&D rapportés au PIB et du nombre de brevets ou de publications scientifiques ne paraît plus être suffisant pour être en phase avec la réalité de l’innovation d’aujourd’hui. 
En effet, désormais la création de valeur vient de plus en plus de la recherche appliquée et des innovations dites incrémentales, issues des processus « d’open innovation » mis en place sur le terrain par les entreprises (et qui ne sont quasiment pas pris en compte par les statistiques) et non des seules innovations de rupture issues de la R&D provenant des universités, des laboratoires et/ou des centres de recherche publics et privés.

Le problème du "scale up" et le piège de la bulle numérique 
Mis à part quelques pays comme les États-Unis, Israël, la Chine ou encore le Royaume-Uni, on constate partout ailleurs un manque cruel de financements disponibles pour les séries B et C, c’est-à-dire pour les tours de table allant de 20 à plusieurs centaines de millions d’euros. Dans ce contexte, « scaler » leurs start-up devient de plus en plus compliqué pour beaucoup de pays, qui se retrouvent avec des milliers de jeunes pousses qui sont aujourd’hui à la fois totalement déconnectées des politiques industrielles et commerciales nationales, dans l’impossibilité de trouver les financements et les talents nécessaires à leur développement et enfin en manque criant de chiffre d’affaires et de clients. 
Cette situation contribue immanquablement à la création d’une bulle numérique au niveau mondial, bulle qui explosera forcément tôt ou tard si chaque pays n’est pas en mesure de recycler rapidement dans l’économie réelle (grands groupes, TPE, PME et ETI) ce « moteur d’innovation » que constituent ces milliers de start-up. Un problème prégnant en Europe, notamment dans des pays comme la Suède, la Finlande, la France ou l’Allemagne qui commencent à voir leurs milliers de start-up et les investisseurs qui les accompagnent s’essouffler. 

Le défi majeur de l'adaptation des métiers et des compétences 
Dans tous les pays et écosystèmes visités, le principal problème, la principale inquiétude des acteurs publics et privés reste à la fois l’adaptation des métiers et des compétences traditionnels à la révolution numérique et la formation du nombre d’ingénieurs, de développeurs et d’informaticiens nécessaires pour répondre à la demande des différents acteurs du marché. Pour tous les gouvernements, il s’agit également aujourd’hui de ne laisser personne sur le bord de la route et d’embarquer tous les citoyens dans cette révolution numérique, en particulier les classes moyennes et populaires qui, partout dans le monde, redoutent de perdre leur emploi et leur pouvoir d’achat en raison de la numérisation, de l’automatisation et/ou de la robotisation à venir de leur métier.
Nul doute que ce défi de la formation des talents et de l’adaptation des compétences représentera un facteur de compétitivité et de différenciation important entre les différentes économies mondiales dans les dix prochaines années. 

Y a-t-il une destinatio idéale pour créer et développer sa start-up ? 
Non il n’y a pas de destination idéale : chaque écosystème a ses avantages compétitifs, ses forces, ses faiblesses et comporte un ensemble de risques et d’opportunités qui constituent un environnement de marché global à analyser au regard de son propre projet, que ce soit une création d’entreprise, un investissement ou un développement international. Ainsi, la plupart des entrepreneurs français croisés dans les différents pays avaient créé leur start-up « par hasard », souvent pour des raisons personnelles (rencontre avec l’âme sœur, contraintes familiales, association avec un ami durant ses études à l’étranger…) et non parce qu’ils y avaient trouvé l’environnement idéal. 
Bien loin des clichés, mythes et légendes qui peuplent la « planète numérique », il faut bien garder à l’esprit que s’installer dans la Silicon Valley, à Tel Aviv, à Medellin, à Amman, à Séoul, à Cape Town ou à Berlin nécessitera toujours de prendre des risques importants et de faire face à des difficultés culturelles et professionnelles diverses et inattendues.